Gabino Rodriguez : « Le cinéma nous invite à vivre nos vies comme un drame »
Publié le : 30 mars 2011A l’occasion du festival du cinéma d’Amérique latine, rencontre avec le Mexicain Gabino Rodriguez, protagoniste du film "Donde estan sus historias ?" et acteur fétiche de Nicolás Pereda.
Pour sa 23e édition, le festival du cinéma d’Amérique latine rend hommage à deux acteurs-réalisateurs mexicains, Damián Alcazar et Gabino Rodriguez. Ce dernier était présent à l’ESAV lundi soir pour présenter Dónde están sus historias ? (2007), le premier film de Nicolás Pereda. L’histoire d’un jeune qui s’occupe de sa grand-mère mourante et décide de se rendre à la capitale pour entreprendre une action en justice contre ses oncles, qui veulent vendre un terrain. Violence silencieuse, poids des non-dits et désillusions. Du cinéma d’auteur exigeant, loin des clichés des superproductions.
Univers-Cités : Des plans (très) longs, peu de dialogues, pas de musique... C’est une volonté de réalisme très forte ?
Gabino Rodriguez : Oui. C’est un film qui veut rompre avec les conventions d’exhibition, avec ce qu’on a l’habitude de voir au cinéma. Vous avez remarqué, les rythmes n’ont rien à voir avec ceux de Hollywood : tac, tac, tac, un plan, tac, tac, tac , un autre [ il mime et claque des doigts]. Ces silences sont en fait très travaillés ; dans le ciné « classique », le dialogue a pour fonction d’apporter une information au spectateur. Ici, le silence aussi apporte des informations, de manière différente.
Faut-il voir un message social, voire militant, dans ce film ? Ou pas du tout ?
Non, il n’y a pas de message. A part peut-être un combat contre la « dictature des sentiments ». Aujourd’hui, le cinéma nous influence tant que l’on se construit des narratifs, des sentiments, on doit vivre nos vies comme un drame. Moi, le jour de mon premier baiser, j’avais l’impression que je savais déjà ce que je devais ressentir... « Il n’y a pas d’histoires, il y a seulement des moments » : cette phrase d’André Bazin représente un peu mon point de vue.
La réception du public français est-elle très différente de celle des Mexicains ?
Evidemment. A Mexico, la moitié des spectateurs sortent avant la fin du film. Ici, il y en a quand même environ 80 % qui restent ! [Rires]
Comment vous expliquez-vous cela ?
A part l’effet « curiosité » du festival, je pense que le fait que Godard soit né en France y est pour beaucoup. Les Français, sans qu’ils s’en rendent forcément compte, ont été exposés à plusieurs révolutions du cinéma. Donc, ça induit forcément un regard différent.
Dans le cinéma mexicain contemporain, y a-t-il des courants qui se démarquent ?
Mexico est aujourd’hui le paradis des productions, pour lesquelles le passage vers l’Europe est une validation. Il y a beaucoup de choses, très différentes, mais on peut quand même noter un certain radicalisme par rapport au public, un renoncement aux codes d’Hollywood. On pourrait parler de ça comme d’un militantisme esthétique. Dans "Donde estan sus historias ?", il faut voir les envies d’un jeune réalisateur, le côté intransigeant et rigide de la jeunesse, quelques chose qui doit servir a créer une identité. C’est aussi un film représentatif d’un moment du cinéma mexicain, dans la lignée de "Japón", le film de Carlos Reygadas.
La concurrence économique de l’industrie cinématographique américaine est-elle très présente ?
Pour ce courant de cinéma-là, absolument pas. Tout simplement parce quelques réalisateurs font des films qui nécessitent très peu d’argent. Refuser les subventions de l’Etat fait aussi partie de leur fierté.



