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Féérie pour une autre fois

Publié le : 12 octobre 2009

Le rêve entouré d’eau de Bernard Chapuis est parmi les meileurs romans de cette rentrée. Un texte allègre qui tient du conte où l’on suit quatre personnages à la recherche d’autant d’objets disparus. Splendide.

Alors que la cavalerie lourde (Laurent Mauvignier, Marie NDiaye, Yannick Haenel…) s’apprête à rafler quelques récompenses (Prix Goncourt, Fémina, Médicis…), la lecture du dernier roman de Bernard Chapuis a quelque chose de réconfortant. Honorant la longue et belle tradition romanesque française, l’auteur de Vieux garçon livre avec Le rêve entouré d’eau un modèle du genre. Ici, nous suivons Bichot qui, après des études de droit travaille à ses heures comme documentaliste dans le cabinet d’avocat de son ami Talbeau. Bichot regarde les matchs de rugby en dégustant des bouteilles d’Irouléguy, vit entouré de chats portant des noms de mousquetaires dans un appartement parisien dont le cœur est surnommé la cabine du capitaine Achab. Autour de lui on trouve Sébastien, Valentine, Luca, ainsi que Marie-Conté, Armand, Eliane et Rose, tous quatre orphelins depuis que leurs parents, Clotilde et Julien Cézat, ont disparu le 17 juillet 1996 lors de l’explosion du long courrier de la TWA. Les enfants sont désormais élevés par les amis du couple.

Après un bref séjour au Cap-Ferret et des soirées où « La lune, voilée par de minces nuages, inclinait sa face de satin pâle sur les visages des piqueniqueurs qui s’étaient emparés des huîtres, des saucissons et des bouteilles, » Bichot et la petite troupe décident de partir à la recherche de quatre objets disparus. Des objets qu’ils ont eus en leur possession ou qui ont appartenu à des membres de leur famille. Un lit Ernest Boiceau 1929, une selle de cavalier indien, une épée de Touareg et un arbre du Japon. Leur entreprise les conduit en Suisse, à Tokyo, dans le désert du Ténéré et en Aquitaine.

Les cartes du temps

La quête de ces objets étranges et anachroniques, dont la nécessité matérielle cède la place à une utilité plus essentielle, celle de la mémoire et de la transmission, est le prétexte de pérégrinations aux quatre coins du monde. Comme son titre le suggère si bien, Le rêve entouré d’eau déploie sur plus de trois cents pages une poésie imprégnée des ressacs de l’enfance. Les adultes sont désenchantés et s’émerveillent des tours de magie du jeune Armand pour mieux se préserver de la marche du monde. Ces êtres inactuels savent que « ce qui est vieux commence hier » et se réjouissent, au parc Monceau, de voir encore « les frêles moulins de plastique aux ailes multicolores que faisaient déjà tourner au vent, cent ans auparavant, les garçonnets à col marine parcourant les allées ombreuses bordées de bancs, indifférentes au passage des républiques ».

Le rêve entouré d’eau alterne aussi, au gré des aventures qui mènent les personnages d’un continent à l’autre, les tons et les couleurs. Les dunes dorées du désert du Ténéré chassent les nuits fraîches du bassin d’Arcachon et les cimes bleutées du Mont-Fuji. Sous un trait ample, délié et élégant, Bernard Chapuis brasse des thèmes qui ont fait la plus grande littérature : le temps qui passe, la fuite des sentiments. Ce temps, comme l’écrivait José Cabanis, qui ne laisse rien debout de ce que nous avons aimé.

Le rêve entouré d’eau, Stock, 396 pages, 20,99 euros.

Nicolas Coulaud