Retrouvez tous les jeudis la nouvelle édition d’Univers-Cités, le webjournal des étudiants du parcours journalisme de Sciences Po Toulouse

Précarité : les études à quel prix ?

Etudiants-travailleurs : la double peine ?

Publié le : 12 octobre 2009

“Les vacances sont finies, je vais enfin pouvoir me reposer !”. Dans un sourire ironique, Jade (les prénoms ont été modifiés), 22 ans, étudiante en master au Mirail, lâche ce commentaire assez acerbe sur la période estivale qui vient de s’achever. Une fois de plus, pour elle comme pour de nombreux étudiants, les vacances universitaires ont assez mal portée leur nom. “Depuis que j’ai 16 ans, je travaille comme caissière dans un supermarché de mon village pendant les deux mois d’été. Je n’ai pas le choix, ça me permet de payer mon loyer pour toute l’année universitaire. Mais cette année ça a été particulièrement difficile, puisque dans le même temps, je devais écrire mon mémoire de M1 que je soutiens en octobre ! ”. Comme elle, ils sont nombreux les étudiants qui doivent jongler entre leurs études et une activité rémunérée. Selon les dernières statistiques officielle de l’INSEE, datant de 2006, sur les plus de 2 millions d’étudiants, entre 20% et 50% (selon les sources) travaillent. Parmi eux, 50% ont une activité en rapport avec leurs études (stages, apprentissages, alternance, etc.), l’autre moitié exerce soit un emploi régulier sur l’année sans lien avec leur niveau de qualification ou leur domaine d’études (emplois dits d’attentes, ou en concurrence avec les études), soit un emploi durant l’été, voire les deux.

Interim, missions épisodiques et sinusite

C’est le cas de Saïda, 23 ans, en 5ème année à l’Institut d’Etudes Politiques de Toulouse. Pour elle non plus, les vacances n’ont pas été de tout repos. Embauchée dans une usine spécialisée dans la chaine du froid de sa Bretagne natale, le temps d’ y attraper une sinusite, elle en démissionne quelques semaines plus tard. Puis ce furent les missions d’intérim diverses pendant deux mois, travailler avec un traiteur sur des mariages, accompagner des handicapés en vacances par le biais d’une association - qui, dit-elle, « l’a exploitée » -, les vendanges début septembre, etc...

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Les étudiants et l’emploi

Et depuis la rentrée, à cause du système des bourses qui n’arrivent qu’à la fin décembre, elle doit continuer l’intérim en même temps que ses études.“ C’est trop compliqué de trouver un emploi à mi-temps, ça demande trop d’investissements et ça laisse trop peu de temps pour les études. Alors je fais des petites missions par ci par là, mais c’est très précaire, je n’ai quasiment plus de vie sociale ou culturelle et comme ce n’est pas régulier, j’ai toujours le stress de ne pas pouvoir finir le mois sans devoir encore demander de l’argent à mes parents... ”.

Un investissement sur l’avenir qui revient cher

Cette question de l’indépendance financière revient fréquemment dans les rapports entre les étudiants et leurs familles. La volonté de ne plus « être un poids » pour ses parents, l’impression parfois humiliante d’être « privilégié » parce qu’on fait des études, voire une question « d’honneur »vis-à-vis de sa famille, sans compter les nombreux cas où la famille ne peut matériellement subvenir aux besoins de leurs enfants, voilà bien souvent les raisons qui poussent les étudiants à exercer une activité rémunérée.

“C’est vrai que c’est plus agréable d’être financièrement indépendant ”, souligne Jade, “et ça permet d’avoir une certaine expérience du monde du travail, même si on a parfois la sensation de se faire exploiter ”. Pour Victor, 21 ans, étudiant à l’ESC Toulouse, “travailler l’été me paraît une chose normal, même si je sais que mes parents ont les moyens de m’aider. Comme cela je peux me payer mes vacances avec mes potes. C’est aussi une question de respect.” Une question de respect aussi pour Manon, étudiante elle aussi en master à l’IEP de Toulouse. Cet été, elle est partie avec l’Union européenne en stage, en Zambie, pour une mission d’études sur les thématiques de santé. Problème : elle a dû financer de A à Z son voyage (visa, billets d’avion et frais sur place) et n’a pas été payée pour son travail. “C’était déjà un stage très difficile à décrocher et malheureusement je n’ai pas eu de rémunération. Du coup, c’est en grande partie mes parents qui ont financé ce voyage. Et même si c’est humiliant, je compte bien leur rembourser plus tard. C’est comme un investissement sur l’avenir.”

Un investissement qui coûte de plus en plus cher, puisque le coût moyen par personne d’une année d’étude en France, tout compris (frais d’inscription, loyer, sécu...etc.) est en hausse de 3,2% en 2009 selon l’UNEF, et s’établit à près de 5 000 euros par an.

Mathieu Abadon