Est-ce dangereux pour les jeunes de manifester ?
Publié le : 21 octobre 2010Le gouvernement a t-il peur des lycéens et des étudiants au point de sous-entendre que manifester est risqué ? Faut-il y voir une stratégie visant à casser le mouvement de contestation des jeunes ?
La rue est-elle dangereuse ? Est-il risqué pour les jeunes de s’y rendre ? Pour le secrétaire général du syndicat de police Alliance, la question mérite d’être posée. La semaine dernière, Jean-Claude Delage a en effet mis en garde les parents qui laisseraient leurs enfants descendre dans la rue. Quelques jours plus tard, dans Le Parisien, Michelle Alliot-Marie a affirmé vouloir mettre les jeunes en garde. "Toute manifestation comporte des risques" a-t-elle indiqué. Et la garde des Sceaux a jugé l’attitude de Ségolène Royal irresponsable. "Il est dangereux d’inciter les jeunes à manifester [...] avec les débordements qu’il peut parfois y avoir et que l’on ne peut contrôler.", a-t-elle expliqué. Dans le viseur de la ministre, les propos de l’ex -andidate aux présidentielles qui avait avancé sur TF1 : "À 15 ou 16 ans, je pense en effet que les jeunes sont responsables et savent pourquoi ils descendent dans la rue [...] Je leur demande d’ailleurs de descendre dans la rue, mais de façon très pacifique."
En France, la liberté de manifestation est un droit fondamental. Dès lors, pourquoi le gouvernement le remet-il en question en insistant sur le danger que revêtiraient les manifestations pour les jeunes ? Ce comportement de la majorité est-il une stratégie pour casser le mouvement des lycéens et des étudiants ? S’il ne convient pas ici de relativiser le risque éventuel que peut comporter tout réunion publique, il semble difficile d’affirmer qu’une manifestation soit plus dangereuse pour les jeunes que pour le reste de la population.
Une tentative d’infantilisation des lycéens et des étudiants
En outre, la droite sous-entend que les jeunes ne manifesteraient que pour passer un bon moment, sans comprendre réellement les enjeux de la réforme des retraites. Des membres de la majorité avancent même avec ironie que lycéens et étudiants manifestent pour sécher les cours. Pourtant, samedi 16 octobre, jour de repos au lycée et dans les universités, il y avait de nombreux jeunes dans les cortèges. Quand un jeune manifeste, il est indéniable qu’il ne perd pas une journée ou une demi-journée de salaire. Cela ne signifie pas pour autant que lycéens et étudiants ne comprennent rien à ce qu’ils font, se contentant de répondre aux ordres des centrales syndicales et des partis de gauche.
Alors que l’on considère souvent les jeunes générations comme passives et dépolitisées, il semblerait opportun de ne pas se plaindre de l’intérêt qu’ils portent à cette réforme.


