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L’économie solidaire ne connaît pas la crise

Des pays laboratoires en Amérique latine

Publié le : 16 novembre 2009

L’Amérique latine est en pleine mutation économique. Anciennement chasse gardée des Etats-Unis, certains pays tendent à s’émanciper de la tutelle néo-libérale et essayent de produire de la richesse autrement, en développant une économie sociale et solidaire.

Dans la crise économique que la planète traverse, des pays comme l’Argentine, le Brésil, l’Equateur, la Bolivie, le Chili et d’autres, sont vus comme des sortes de laboratoires permettant de développer une autre forme de capitalisme, une forme plus sociale et solidaire. Selon le Réseau d’information et de solidarité avec l’Amérique Latine (RISAL), cette économie sociale et solidaire, encore balbutiante en Europe, serait très présente dans ces pays.

Alors l’économie solidaire peut-elle proposer un nouveau modèle économique pour l’Europe dans cette période de crise économique mondiale ? Tout d’abord, rappelons que l’économie solidaire tend à rassembler les acteurs économiques dans un concept relationnel associatif, plutôt que compétitif. Philosophiquement à l’opposé des courants économiques mondiaux prônant la dérégulation et l’ouverture totale des marchés, l’économie solidaire cherche avant tout à développer des marchés de proximité basés sur la complémentarité et les échanges symétriques. Il n’existe cependant pas une seule et unique forme d’économie solidaire, mais de multiples méthodes et techniques alternatives, souvent expérimentales.

Une construction alternative

L’image la plus frappante vient d’Argentine, où il existe de multiples exemples d’organisations qui ont des activités économiques poursuivant des objectifs différents de ceux du capitalisme, avec des structures horizontales et une gestion démocratique et participative. Après la crise de 2001, qui a presque paralysé l’économie et causé de nombreux dégâts sociaux, des initiatives de ce type ont poussé comme des champignons. Parmi ces expériences, on compte des petits producteurs insérés dans des économies régionales, des travailleurs qui, devant la perte de leur emploi, s’organisent pour reprendre l’entreprise, des communautés qui s’unissent pour répondre aux besoins essentiels tels que la santé, le logement ou la nourriture. Des initiatives qui, isolées, ne seraient pas viables, mais qui créent des espaces d’échanges et de collaboration. Il s’agit de chercher des formes plus justes dans l’organisation de la production, du travail, de la consommation et de la distribution. La relation traditionnelle d’opposition entre le capital et le travail, propre au capitalisme, se transforme en une construction alternative.

Plus de 200 usines autogérées en Argentine

C’est ainsi que ces dernières années, des usines abandonnées ou fermées par leurs propriétaires ont été récupérées par leurs employés et sont apparues des entreprises d’autogestion, des coopératives rurales et des groupes de troc de biens et de services. Ces entreprises seraient selon le RISAL au nombre de 200 en Argentine, ainsi que plus d’une centaine au Brésil et en Uruguay. Ces formes fournissent un savoir-faire pour s’organiser, en même temps qu’elles satisfont les besoins de façon innovante et parviennent à remettre en question des aspects essentiels du système dominant, en remettant par exemple les moyens de production aux mains des travailleurs.

Cependant, la plupart des spécialistes familiers de ce type d’économie, telle que Soraya Giraldez, de l’Institut des études et de formation (IEF) de la Centrale des travailleurs argentins, reconnaissent que « toutes les entreprises d’économie sociale ne pourront pas se projeter vers le marché extérieur, car elles pourront difficilement rivaliser avec des grandes entreprises ». D’où l’importance, selon elle, de dynamiser le marché intérieur encore déprimé par le chômage et le sous-emploi qui affectent plus de 5,5 millions d’Argentins, presque le tiers de la population économiquement active (16,8 millions de personnes). Aujourd’hui, 44% des 37 millions d’Argentins sont pauvres et 17% vivent dans l’indigence. La portion des 10% les plus riches de la population a 26,3 fois plus de revenus que les 10% les plus pauvres.

Plus d’informations : Risal.info, ipsnoticias.info, journaldumauss.net

Mathieu Abadon