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Coulisses : le comptage des manifestants

Publié le : 17 octobre 2010

À chaque manifestation, l’écart entre le nombre de manifestants annoncé par la police et celui communiqué par les syndicats fait sourire, mais les chiffres sont parfois tellement différents que la polémique qui s’en suit risque d’occulter les raisons incitant les manifestants à descendre dans la rue. Univers-Cités a rencontré les compteurs du côté des pouvoirs publics et des syndicats.

Un service d’ordre préventif
« Calmer toute intention belliqueuse ». La jolie formule résume la mission du service d’ordre organisé par les syndicats lors des manifestations. Pas des « gros bras », mais des militants chargés de veiller au bon déroulement du mouvement, en faisant appel à la police en cas d’incidents. « Il faut à tout prix éviter que des provocations discréditent le mouvement », explique la CGT. Samedi à Toulouse, la trentaine de militants positionnée en tête du cortège n’a eu aucun incident majeur à gérer : leur mission principale a consisté à faire écarter les manifestants pour faire passer la banderole de tête.

Chacun ayant sa propre méthode, le résultat du comptage diffère donc sensiblement. Ce samedi 16 octobre, les organisateurs ont dénombré 130 000 manifestants à Toulouse, la police 24 000.

Pour mesurer l’ampleur de la mobilisation, les syndicats réalisent une estimation en fonction du tracé du parcours et de la taille du cortège. « Nos camarades, placés un peu partout sur le parcours, nous permettent de savoir précisément sur quelle distance le cortège s’étale, explique le responsable du service d’ordre de la CGT. En fonction de la longueur de la manifestation, on peut estimer le nombre de manifestants ». Il faut prendre en compte la densité du cortège, réplique de son côté la police.

« Mardi dernier, les lycéens défilaient par paquets très denses, mais, avant et après eux, les rangs étaient très clairsemés », souligne le chargé de communication de la Direction départementale de la sécurité publique. Samedi, deux compteurs étaient positionnés à la sortie du pont des Catalans : c’est en faisant la moyenne de ces deux comptages que les pouvoirs publics ont déterminé le nombre de manifestants. « Nous essayons de positionner les mêmes agents d’une manifestation à l’autre afin d’avoir des données le plus fiable possible, détaille notre source policière. Mais nous ajoutons au chiffre que nous trouvons de 5 à 8000 personnes parce que certains manifestants rentrent plus tard dans la manifestation ou ne passent pas devant notre point de comptage. » Les policiers chargés du comptage dénombrent le nombre de lignes du cortège en considérant que 20 à 30 personnes défilent par rang. Quand le cortège est plus clairsemé, ils comptent les manifestants par groupe de 100.

Appel aux satellites
« Les policiers ont pour consigne de minimiser leurs statistiques, avance le service d’ordre de la CGT. Les chiffres officiels sont divisés par au moins trois ou quatre. » Les chiffres à Toulouse ne sont jamais corrigés, jurent pour leur part les pouvoirs publics. Ils considèrent que leur méthode est assez fiable avec une marge d’erreur de 3 à 4 000 manifestants. « Lorsque les journalistes comptent, ils trouvent souvent un chiffre inférieur au nôtre », s’amuse le policier. Lors de la manifestation parisienne du 12 octobre, le web-journal Mediapart a compté 76 000 manifestants, soit 13 000 de moins que la police, alors que les syndicats chiffraient le nombre de participants à 330 000.

Le 12 octobre à Toulouse, les syndicats avaient annoncé 145 000 participants, la police seulement 30 000. « Nous avons réussi à faire plus que remplir les allées Jean-Jaurès, souligne la CGT. Or la mairie estime qu’elles peuvent contenir 110 000 personnes, ce qui montre que notre chiffre n’est absolument pas contestable. Un comptage par satellite serait encore mieux : cela ne nous pose aucun problème car nous sommes confiants sur nos chiffres. »

Syndicats comme policiers s’accordent néanmoins sur un point : la mobilisation contre la réforme des retraites est forte et ne décline pas. À Toulouse, le nombre de manifestants de ce samedi est assez stable par rapport à celui du 2 octobre (125 000 participants pour les syndicats, 28 000 pour la police).

Photos : Céline Landreau

Baptiste C