Cinq mois avec les Enfants de Don Quichotte

« Rien à perdre : Nothing to lose », de Jean-Henri Meunier, retrace le campement des Enfants de Don Quichotte à Toulouse, durant l’hiver 2007.

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Jean-Henri Meunier a fait le choix de rester dans la simplicité, la non-scénarisation, le « vrai » pour mieux fuir l’esthétique. Pour personnage principal et fil conducteur, il a choisi Philippe, que tous surnomment Fakir. La quarantaine passée, Fakir est sans-abri. Il se qualifie lui-même de « troubadour ». Un véritable clown qui n’a pas hésité pas à poursuivre les policiers avec un œillet à la main, dans le but de l’offrir, lors d’une manifestation des Enfants de Don Quichotte. Né à Paris, il préfère cependant passer ses hivers à Toulouse où « les gens ont le cœur sur la main », où tout le monde est sympa, « sauf la police municipale ».

« Un toit c’est un droit »

Après une grève de la faim dans le cadre de son action avec le Collectif SDF à l’aube de l’hiver 2006-2007, il rejoint les rangs des Enfants de Don Quichotte. C’est un combat qui commence… Un combat contre le froid, la faim, une lutte contre la déprime, pour certains contre l’alcool, ou pire, la drogue, contre les gouvernants, contre la police. Les fondateurs des Enfants de Don Quichotte installent un campement. Le 2 janvier, on compte 14 tentes. Le lendemain 40. Le pic atteindra 104. Vivant de dons de particuliers et d’associations, les enfants de Don Quichotte réclament un toit, car « un toit c’est un droit ». Dans le campement ils s’entraident, l’un prête sa voiture, l’autre est préposé aux repas… Il ne faut jamais donner une raison à la police de les expulser : tout doit rester propre, chacun doit mettre la main à la pâte… La vie du campement s’organise, et se réglemente.

« La rue c’est une école »

Jean - Henri Meunier reste discret… Avec le temps, il parvient à obtenir les confidences. La rue, ils l’évoquent tous. « La rue c’est une école, tous les jours on en apprend ». Il faut trouver un abri, savoir quels matériaux utiliser, parfois trouver un ami pour que chacun veille sur l’autre, car « si t’es tout seul dans la rue, tu t’en sors pas », ou encore « nos chiens ce sont des alarmes, sinon on peut se faire piller » . Au fur et à mesure du film, le spectateur vit au rythme de ce campement si étrange. L’un des enfants de Don Quichotte reçoit une lettre personnelle… un miracle pour ses accidentés de la vie qui ont souvent rompu avec leur famille. L’adresse : « Campement des Enfants de Don Quichotte, allées François-Verdier… ». Il s’écrie devant la caméra : « Merci la Poste ! ».

Puis en janvier 2007, c’est la mort de l’Abbé Pierre. Le 1er mars, les Enfants de Don Quichotte se présentent au conseil municipal de Toulouse devant l’ancien maire, plutôt décontenancé. Puis Nicolas Sarkozy est élu président de la République… Les espoirs retombent. Quand vont-ils donc être relogés ? Finalement, ce jour arrive. Tous, ou presque, seront relogés par les services sociaux, qui pour une fois, se sont déplacés au campement, plutôt que d’attendre que l’on vienne à eux.

« On fait toujours un peu peur »

Isabelle Bricaut a vécu avec eux tout au long du campement qui a duré près de cinq mois. Cette jeune éducatrice spécialisée s’est engagée au sein des Enfants de Don Quichotte, quand, alors qu’elle travaillait en foyer d’urgence, elle s’est lassée de renvoyer les sans-logis le matin. Selon elle, en 2007, des propositions de logement ont été faites à tous, mais « certains ont refusé et d’autres sont retombés dans la rue ». Elle affirme qu’elle ne veut pas « faire de la politique », et affirme en ce sens « Moi je n’ai rien gagné, mon appartement, mon boulot je les avais avant ». Elle se révèle aujourd’hui encore très déçue du manque d’engagement du gouvernement et des collectivités, malgré l’obtention de la loi DALO (Droit au Logement Opposable) qui reste non appliquée en réalité, étant donnée la pénurie de logements et la réduction de budgets pour les associations.

À l’Utopia Tournefeuille : Samedi 5/12 à 12h20 – Dimanche 6/12 à 13h40 – dimanche 13/12 à 16h20 – Mardi 15/12 à 18h.

Audrey Minart