Buny Gallorini, directrice de l’ABC : « Nous ne pourrons survivre que grâce au lien qui nous unit aux spectateurs »
Le ciment est à peine sec, le bois encore brut et les câbles apparents, mais les cinéphiles toulousains ont déjà repris leurs marques. Quelques semaines après la réouverture du cinéma l’ABC, retour sur une période riche en rebondissements pour cette salle art et essai avec sa directrice, Buny Gallorini. Arrivée à l’ABC en 2004 au poste de directrice artistique, cette quinquagénaire mutine et dynamique a derrière elle plus de vingt ans de direction de cinéma. A la tête depuis cette année de la salle associative, elle évoque pour "Univers-cités" les travaux, la menace de fermeture, la mobilisation et l’esprit bien particulier de son cinéma.
"Univers-cités" : Quel serait votre premier bilan depuis la réouverture ?
Buny Gallorini : On en se place pas vraiment dans le court terme. Il faut du temps pour que le public regagne une salle. On essaye de mettre en place une stratégie de communication, mais on reste des passionnés de cinéma, pas des communicants. Alors bien sûr, la couverture et le soutien médiatiques sont précieux. Ca nous a rassurés : quand vous vous sentez reconnus, désirés, ça motive.
Pouvez-vous revenir sur les travaux de rénovation de l’ABC ?
Ces travaux ont duré près d’un an et demi. Ils ont surtout consisté à remettre aux normes les locaux, qui n’étaient plus adaptés à l’accueil du public. Nous ne pouvions pas nous permettre de fragmenter le chantier sur plusieurs périodes, il a donc fallu fermer le cinéma. Le problème est venu du fait que l’on a eu du mal à rassembler les fonds nécessaires, notamment du côté des collectivités territoriales, ce qui a pu faire craindre aux Toulousains que la salle allait purement et simplement fermer.
C’est là que l’association des amis de l’ABC intervient…
En effet, l’association a beaucoup joué pour faire prendre conscience à la mairie que les gens tenaient à notre cinéma. L’ABC souffrait jusque là de son manque de communication, la plupart de nos actions restaient invisibles, et les décideurs n’en avaient pas connaissance. On a eu la chance de bénéficier d’une mobilisation assez exceptionnelle, avec 20 000 signatures sur la pétition, et des soutiens parmi les grands noms du cinéma comme Ken Loach.
Pourquoi avoir rouvert alors que les travaux ne sont pas entièrement terminés ?
C’est vrai, il reste encore quelques finitions à faire, mais nous étions tenus par des projets prévus très en amont, comme le festival Cinespana : c’est le chantier qui n’a pas suivi. On ne pouvait pas laisser en plan les partenaires et nos employés, alors on s’organise comme on peut : travaux le jour, cinéma le soir.
Comment vous situez-vous face aux multiplexes aux tarifs toujours plus agressifs ?
On ne se positionne pas sur le même créneau que les multiplexes, on ne peut pas se battre avec les mêmes armes. L’ABC est un cinéma associatif. Les huit salariés sont polyvalents, et s’occupent aussi bien de la caisse que de la projection, et nous sommes aidés par de nombreux bénévoles. L’idée, c’est de proposer autre chose qu’une simple "consommation" de film. On espère juste être suffisamment passionnés pour que les gens nous accompagnent. A mon avis, les salles art et essai ne pourront survivre que grâce au lien qui les unit aux spectateurs. Le sauvetage de l’ABC l’a prouvé.
Dans ce contexte concurrentiel, comment définiriez-vous l’esprit de l’ABC ?
On se démarque par un choix de film résolument européen. Nous proposons du cinéma qui ouvre au monde. On mise aussi beaucoup sur la découverte de nouveaux cinéastes, mais il faut aussi programmer quelques valeurs sûres pour équilibrer les comptes !


