Abstentionnistes, mauvais citoyens ?
Hier, je n’ai pas voté. Quel mauvais citoyen je fais. J’entends déjà les moralistes asséner gravement que "Ne pas voter, c’est voter Front National". Bigre. Je ne savais pas qu’un tel sophisme fut juste : ne pas voter, c’est donc voter ! Je les vois déjà clamer solennellement qu’il ne faut pas oublier que voter est un droit pour lequel "nos ancêtres se sont durement battus".
Les abstentionnistes l’ignorent-ils ? Ne comprenons-nous rien à la politique ?
Et si les hommes politiques et les médias traditionnels se trompaient ? Et si ceux qui s’abstiennent, à défaut de voter, s’intéressaient malgré tout à la chose politique ? Et si les abstentionnistes usaient de leur droit de non vote car aucun candidat ne les satisfaisait ? A titre personnel, si un candidat de type Coluche s’était présenté, j’aurais voté pour lui des deux mains.
L’abstention est un phénomène plus complexe que ce que les apparatchiks de parti et les militants de tout poil veulent bien nous faire croire. Dans Démocratie de l’abstention, Jean-Yves Dormagen et Céline Braconnier montrent que le chômage, l’intérim et la précarité de l’emploi expliquent en partie le lien fort entre exclusion sociale et exclusion électorale. Quand j’entends que certains militants voudraient retirer le droit de vote à ceux qui ne l’utilisent pas, je m’inquiète et me demande s’ils sont aussi attachés à la démocratie qu’ils le disent.


