Berlin, vingt ans de liberté
7 L’effondrement du foot à l’Est
Le football professionnel en Allemagne de l’Est s’est effondré, tout comme le mur.
Le constat actuel est sans appel : sur les dix-huit clubs que compte la Bundesliga (la première division allemande) aucune ville de l’ex-Allemagne de l’Est n’est représentée. Cette situation est le fruit de la lente descente aux enfers qu’ont connu les clubs de RDA après la chute du mur en 1989 et qui s’est terminée l’année dernière avec la relégation de Cottbus, dernier survivant parmi l’élite du football allemand. Aujourd’hui, les clubs autrefois prestigieux à l’Est du mur, se traînent dans les divisions inférieures. La plupart d’entre sont désormais en troisième ou quatrième division, incapables de retrouver leur lustre d’antan.
Dans l’ancienne RDA, le football semble s’être arrêté avec la chute du mur, les grands stades sont vides et en mauvais état, la formation des jeunes fonctionne au ralenti et les clubs disposent de moyens financiers très limités sinon inexistants. Ils ne sont pas parvenus à s’adapter aux nouvelles logiques de compétitivité plus seulement sportive mais aussi et surtout économique et ils n’ont pas réussi à transformer leurs méthodes de travail. Alors que tous les clubs étaient chapeautés par les institutions étatiques, ils se sont retrouvés livrés à eux-mêmes face aux grands clubs de l’Ouest. La plupart des bons joueurs sont partis, attirés par des salaires et des infrastructures que leurs clubs ne pouvaient leur offrir. C’est maintenant un football d’un autre temps qui tente de survivre, miné par les difficultés économiques mais aussi par une grave crise sociale (cf. encadré, « Le spectre du hooliganisme »).

Le fossé continue de se creuser
Cette lente agonie n’est pas sans raison. La réunification a fait table rase du passé communiste. Le football n’a pas échappé à la règle et les clubs autrefois soutenus financièrement par l’Etat se sont retrouvés sans ressources au moment de rejoindre les cadors d’Allemagne de l’Ouest en Bundesliga. Le rattrapage économique entre les deux Allemagne ne s’est jamais réellement fait, y compris dans le football. Les clubs de RDA ont accumulé les retards et à l’heure du foot-business le fossé avec les grosses écuries telles que le Bayern de Munich ou le Werder de Brême semble désormais insurmontable.
Le spectre du hooliganisme
Le foot est-allemand subit également les effets de la crise sociale. Le hooliganisme s’y est développé de manière très préoccupante, au fur et à mesure que les clubs sombraient sportivement. Alors que les profils sociaux des supporters violents en France et en Europe de l’ouest sont hétérogènes, en ex-RDA, ils revêtent un caractère singulier. Dans les villes minées par le chômage, les hooligans sont des jeunes désœuvrés, dont la frustration se cristallise lors des rencontres de football. Et ces supporters violents se radicalisent. Nombreux et organisés, agissant presque exclusivement lors de matches amateurs - puisque les clubs ne côtoient plus la première division depuis longtemps - ils représentent un défi pour les instances footbalistiques et la police.
Une division spéciale chargée de ficher les supporters violents a été créée. Sur 10 000 personnes figurant au fichier, une sur dix habite en Saxe (dont les deux villes principales sont Dresde et Leipzig). En 2007, 60 rencontres amateurs en Saxe avaient été annulées après de violents affrontements à Leipzig. Mais cela ne suffit pas. Pour enrayer la montée du hooliganisme, il faut un travail social de fond. Ce que les municipalités, souvent en faillite, n’ont pas les moyens de faire.


