Berlin, vingt ans de liberté

3 "Notre génération commence à oublier"

"Univers-cités" a rencontré Tim Krah et Lilli Tauchmann, qui nous donnent le regard d’une nouvelle génération sur cet événement phare de l’Histoire.

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Tim Krah est un étudiant allemand en master de chimie à l’Université Paul-Sabatier à Toulouse.

"Univers-cites" : Quel âge avais-tu quand le mur de Berlin est tombé ?

Tim Krah : J’avais 3 ans.

Tu étais petit, est-ce que tu as des souvenirs ?

Pas beaucoup, j’ai des souvenirs d’images télé, et des petits clips sur internet mais c’est tout.

Qu’est ce que cela t’évoque aujourd’hui la chute du mur ?

C’est un grand plaisir car les gens dans l’est de l’Allemagne étaient dans un système terrible. C’est une grande réussite d’avoir fait une révolution. C’est le symbole que c’est toujours possible, ça donne du pouvoir au peuple, aux gens dans un pays.

Tes parents vivaient de quel côté ?

En Allemagne de l’Ouest à Brême dans le nord, vers la côte. Ma mère m’a raconté qu’elle est allée en Allemagne de l’Est avec ses grands-parents, je crois, mais mes parents n’ avaient pas beaucoup de relation avec l’est de l’Allemagne.

On entend parler de personnes assez nostalgiques de l’Allemagne de l’Est, tu en penses quoi ?

Je pense qu’il y a quelques objets, des types de musique qui sont devenus le symbole de cette culture mais il ne faut pas oublier le système qui était derrière. La "trabi" par exemple, c’est la petite voiture que tout le monde pouvait acheter, c’est un objet de nostalgie.

Tu trouves important que la chute du mur se fête ?

Oui, car c’est important de se souvenir.

Avec ta famille ou tes amis, vous en parlez encore, de ce partage de l’Allemagne ?

Mes grands-parents n’ont pas beaucoup parlé de l’Allemagne de l’Est, parfois mes parents, mais parmi les jeunes on ne parle pas vraiment de ça. Ce n’est pas de notre génération et beaucoup de personnes commencent à oublier ce qui se passait. Il n’y a pas vraiment d’échanges avec les personnes qui étaient en Allemagne de l’Est, donc ce n’est pas évident de parler de tous ces sujets.

Est-ce que cela te surprend, toutes les manifestations en France à cette occasion ?

Non, ça ne me surprend pas trop car les deux pays sont voisins. Ils ont toujours eu des relations profondes parfois positives et parfois négatives. Et donc, c’est évident que chaque pays s’intéresse à son voisin.

Par quelques mots Tim nous raconte ce que signifie pour lui la fin d’une longue séparation.

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Evocation sonore d’un tournant de l’histoire
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Lilli Tauchmann a 25 ans. Elle est étudiante depuis quelques mois à la Sorbonne en médiation culturelle. Elle est originaire de Cologne, dans l’Ouest de l’Allemagne.

"Univers-cités" : Pourrais-tu me donner cinq mots ou idées qui évoquent pour toi la chute du mur ?

Lilli Tauchmann : Une nouvelle ère, la réunion de nombreuses familles, la fin d’une certaine violence, la réunification, la paix.

Quel âge avais-tu à la chute du mur ?

J’avais 5 ans.

As-tu des souvenirs ou des anecdotes familiales à ce propos ?

Dans ma famille, on parle très peu de cet épisode. Toute ma famille est originaire de Cologne, une ville très éloignée de Berlin. Ma mère m’a seulement dit qu’elle a parfois eu peur dans certaines situations, qu’elle sentait que l’atmosphère était tendue. Elle a vécu à Berlin-Ouest et m’a confié qu’elle associait Berlin-Est à des choses négatives. Beaucoup de Berlinois disent que quand tu es quelqu’un de l’Est, tu restes quelqu’un de l’Est, et vice-versa.

Penses-tu qu’il reste encore des vestiges de cette séparation Est-Ouest en Allemagne ?

Oui, il y a une différence au niveau du taux de chômage, des salaires, du coût de la vie. Cela reste beaucoup moins cher à l’Est. Mais c’est tout.

As-tu déjà rencontré des « nostalgiques » de la RDA ?

Je connais très peu d’Allemands de l’Est, mais j’en ai rencontré à l’occasion du salon de l’automobile à Leipzig durant lequel j’étais hôtesse. Beaucoup de gens m’ont dit qu’ils préféraient leur vie dans l’ex RDA, non pas par rapport au travail, mais à cause d’une certaine atmosphère, aujourd’hui disparue.

T’es tu déjà retrouvée face aux vestiges du mur ? Qu’as-tu ressenti ?

Oui, j’ai ressenti des choses fortes. Mais quand j’ai vu ce mur, je me suis également dit que c’était fou qu’un mur pas vraiment haut, quelque chose de si commun, ait réussi à diviser un pays entier ! C’est vrai qu’il y avait des soldats qui le surveillaient, mais au final, on s’imagine que les gens auraient pu le franchir.

Comment traitez-vous cet épisode en classe ?

Finalement, ce n’est pas une grande thématique. Peut-être est-ce dû à mes professeurs ou à mon école… On parle beaucoup plus de la Seconde guerre mondiale.

Au final, tu te sens donc tout simplement Allemande ?

Oui, pour moi c’est un pays unifié.

Agnès Gontier, Paulina Jonquères d’Oriola